Quand un des chevelus de la Maraca m’a dit qu’il allait chercher un panier d’aliments directement dans un assentamento d’agriculture familiale, je me suis dit qu’il fallait absolument que je voie ça. Pas de problèmes m’a-t-il dit, nous y allons demain en voiture à 6h. Petit moment de flottement, et ma conscience de cycliste a choisi : je suis vaillamment parti sur mon vélo à 5h du mat’ pour les retrouver sur place. Et puis un lever de soleil, sur la route ça réconcilie avec la vie (on n’était pas particulièrement fâchés non plus): lever_soleil.JPG

Une association d’agriculteurs bio (on dit “organique” ici), qui fournit des paniers d’aliments directement à des consommateurs engagés… Ouèp, c’est bien une version locale de nos AMAPs à nous. Photos du producteur au consommateur :
producteur.JPG consommateur.JPG

L’association s’est crée il y a 20 ans, en obtenant le droit d’exploiter des terrains publics. Ils ont choisi de travailler de façon collaborative, sans se partager la terre entre eux, en se répartissant les bénéfices. A l’époque, il y avait plusieurs dizaines de familles. Mais c’est un travail dur, peu rémunérant, et la plupart sont partis pour aller travailler dans la ville proche. Ne restent aujourd’hui que six familles.

champs_bio.JPGIls produisent donc, de manière entièrement bio, légumes, bananes, mandioca, fraises… Au niveau technique, ils sont forts, il faut dire qu’ils ont été assistés par des étudiants en agronomie. Là où ça se corse, c’est au niveau des revenus : 2000 Reais[1] par mois pour les 6 familles. Beaucoup moins que le salaire minimum brésilien, qui est déjà bien bas. Evidemment, ils ont la possibilité d’autoconsommer ce qu’ils produisent, ce qui réduit d’autant leurs frais d’alimentation, et ils ne payent pas de loyer.

Qu’est ce qui limite leur développement ? Ce n’est ni la terre (ils ont des terrains aujourd’hui improductifs), ni la volonté. Ce sont tout bêtement des blocages économiques.

D’abord, ils ont du mal à commercialiser leur production : ils ont difficilement accès aux circuits traditionnels tout comme aux circuits bio. Ils doivent donc jeter chaque année une partie de leur production. Par exemple, voyez ces congélateurs remplis de fraises bio à 6 Reais le kilo (2E) en attente d’un hypothétique acheteur : congelo.JPG

Le deuxième, et peut-être le plus gros problème, est l’impossibilité de faire financer leurs projets. En tant qu’association de petits producteurs, ils ne peuvent pas accéder aux lignes de crédits, les banques répondent absentes…. Il y a certes des organes officiels de financement, mais les barrières bureaucratiques sont trop difficiles à passer. Par exemple , voici ici un projet formulé conjointement avec des ingénieurs agronomes qui ne verra probablement jamais le jour : projet.JPG

En outre, ces deux questions sont liées. Ce qui les aiderait le plus, d’après eux, serait de pouvoir s’acheter un camion pour accéder aux grands marchés professionnels. Mais ils ne perdent pas espoir, et plusieurs signes montrent qu’ils pourraient remonter la pente. Tout d’abord, ils ont réussi à implanter un magasin dans un centre-ville proche, ils commencent à se faire connaitre et leur chiffres de ventes ne font qu’augmenter. Ensuite, ils viennent de créer une coopérative avec d’autres producteurs bio de la zone, et espèrent que cela les aidera à accéder à la fois à des lignes de crédit comme à des circuits de vente.

L’exemple de cette association montre les deux principales difficultés des petits producteurs, au Brésil ou autre part : l’accès au crédit et à la commercialisation. La solution est peut-être le micro-crédit, comme l’avance le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus. En attendant, l’état brésilien continue préférentiellement d’ouvrir des lignes de crédit pour les grands producteurs exportateurs.

Une photo de João, agriculteur de l’association, et de son arrière petit fils, pour conclure ce billet : Joao.JPG

Notes

[1] soit 650 euros