Le voyage à vélo et en solo facilite énormément les rencontres. On s'arrête là ou on ne serait jamais passé sinon, on voyage à rythme humain, on suscite la curiosité et la sympathie des gens... J'inaugure donc avec Fabiana cette rubrique où je posterai des brefs portraits des personnes qui m'ont marquées le long de mon chemin.

Fabiana

Fabiana m'a hébergé le premier soir, près de Getulândia, dans l'état de Rio de Janeiro. Elle habite dans une petite bicoque construite en dur mais au toit en tôle, située derrière un bar attenant à une station service. Deux petites chambres, une salle de bain avec l'unique porte de la maison et une cuisine. Quelques photos sont affichées sur les murs en béton. Ça pourrait être miséreux, mais au contraire c'est propret et accueillant.

Elle n'a que vingt ans mais en fait d'avantage au premier abord. Elle vit seule avec ses deux enfants de 4 et 2 ans. Je n'ai pas osé demander où était le père, et j'ai cru comprendre qu'il y avait un troisième enfant qui habitait avec lui. Fabiana travaille comme ouvrière, son travail (si j'ai bien compris) consiste à nettoyer des machines de l'industrie agro-alimentaire. En tout cas, c'est lourd et assez dangereux, il y a des accidents du travail...

Le contraste entre la précarité de sa situation et sa joie de vivre est saisissant. Toujours un grand sourire et surtout un certain reste d'innocence enfantine qui se dégage, comme si des conditions de vie aussi difficiles n'avaient pas eu de prise sur elle. Moi qui m'imaginais que la pauvreté provoquait forcément un "effet Thénardier", je suis impressionné de la tendresse dont sont couverts ses enfants. Bref, j'ai un peu rigolé quand elle m'a déclaré que j'étais courageux de faire mon voyage, je lui ai répondu (quitte à faire un peu ridicule) que je pensais que c'était elle qui était courageuse. Elle a ri aussi.

Les gens de Getulandia avaient insisté la veille au soir pour que je reste la journée, c'est dimanche quoi, on va jouer au foot, t'es français, tu dois bien jouer (ahem)... Un camionneur m'a proposé de me poser à São Paulo le lundi. Mais non, je peux pas arrêter mon voyage à vélo, comme ça, après un seul jour... Fabiana m'a offert un café le matin, j'ai pris une photo et je suis reparti, en me sentant étrangement heureux.