Me voilà, depuis une semaine, de nouveau à slalomer avec plaisir entre bus, voitures et taxis, comme quelques jours auparavant à Paris... Sauf que là je suis à Rio de Janeiro, au Brésil, un autre continent, une autre saison. Copacabana, Ipanema, Jardim Botanico, Botafogo ont remplacés boulevards haussmaniens et rive gauche - rive droite, sous un soleil de début d'été. J'ai vite investi dans les indispensables tongs locales, les 'havanitas'. Je suis hébergé par la belle-mère brésilienne de mon frère, portugais intensif, donc, dès le 'café da manha'. Via un réseau caritatif, elle m'a fait entrer aujourd'hui dans Rocinha, la fameuse favela, histoire à venir.

Je pars demain matin pour mon premier tronçon du voyage : Rio - Mangaratiba, soit 130km en suivant la côte... Tout est prêt, mes sacoches sont packées, pas trop lourd, je voyage avec le strict nécessaire (mais le nécessaire). Je me suis fait vacciner dans un centre de santé public à Rio, j'ai récupéré du décalage horaire... Au final, partir est si facile...

Ou pas du tout facile si je regarde en arrière. Il y a encore un mois, je n'avais qu'une idée très vague de ce que j'allais faire de cette année de pause dans mes études, que j'avais voulu pour des raisons que je n'arrivais plus à m'expliquer. L'angoisse au petit matin... Puis ce projet est apparu comme une évidence : en fait, je le muris depuis les années de lycée. Ca c'est décidé à la mi-septembre, pendant ces dix jours passés à Amsterdam à baby-sitter mon neveu. Mais, je l'avoue maintenant, j'étais terrorisé à l'idée de partir, de faire le mauvais choix, j'ai failli tout annuler au dernier moment et reprendre mes études là où je les ai (temporairement) arrété.

Le déclic, ça a peut-être été cette soirée organisée à la dernière minute, quelques jours avant mon départ. Il y a eu un petit quelque chose de magique, une ambiance particulière... Le souffle de cette aventure, de ce petit quelque chose hors du commun a fédéré des personnes qui pour la plupart ne se connaissaient pas avant cette soirée. La meilleure depuis bien longtemps... Bon, dans les faits, on s'est juste connement marrés sans voir le temps passer, en beuglant des chansons inventées sur le coup ("à vélo, à Rio !") comme les ivrognes que nous sommes, avant de réaliser qu'il était déja six heures du mat'.

Et puis il y a eu le départ, le vrai, celui avec l'avion... Ce fut horrible. Calamiteux. J'ai, à ma mauvaise habitude, tout fait au dernier moment. Tout en insistant pour voir avant mon départ ceux que je n'avais pas encore vu. Résultat : les dernières 48h furent une course effrenée à la Jack Bauer, au bout desquelles je me suis engouffré dans mon avion, déshydraté, famélique (seulement le temps de manger un cornet de frites la veille vers minuit), sale et globalement exténué.

9h avant le décollage de l'avion, j'arrivais gare du Nord de retour d'une nuit à Lille, où je retrouvais mon vélo attaché, pour aller claquer la bise à ma soeur et récupérer ma nouvelle carte bleue visa avenue des Gobelins. -4h avant cet avion, j'étais encore au volant d'une voiture louée pour mon déménagement, les cartons à stocker pendant mon absence dans le débarras de ma grand-mère ayant été faits la veille. 3h avant, je courrais chez un réparateur pour démonter les pédales de mon vélo (il faut un extracteur spécifique) et enfin le ranger dans des cartons récupérés le jour précédent.

J'ai franchement cru que j'allais rater cet avion au moment où, à bout de forces, moins de 2h avant le départ de l'avion, je me trainais ces deux énormes cartons dans les rues de Paris pour aller prendre le RER, sans trouver de taxi. Morganne, tu m'as sauvé à ce moment là. Tu m'as convaincu que rien n'était perdu, comme dans un film j'ai sauté dans le taxi providentiel conduit par un islamiste radical qui inch alah a pris les bons raccourcis pour me poser au terminal 2E une heure avant le départ de l'avion, où tu m'attendais avec mon boarding pass négocié je ne sais comment au guichet d'Alitalia. Merci. Il y eu, certes, quelques menues péripéties supplémentaires à la correspondance à Sao Paulo.

Mais le principal est là : je pars enfin à vélo sur les routes brésiliennes ! Il est 2h du matin, je vais dormir quelques heures. Départ demain vers 6h.