L'amérique latine rurale à vélo

mercredi 15 octobre 2008

L'embrouille

l__embrouille.jpg

(cliquer sur l'image pour voir en grand)

vendredi 17 octobre 2008

Le départ

Me voilà, depuis une semaine, de nouveau à slalomer avec plaisir entre bus, voitures et taxis, comme quelques jours auparavant à Paris... Sauf que là je suis à Rio de Janeiro, au Brésil, un autre continent, une autre saison. Copacabana, Ipanema, Jardim Botanico, Botafogo ont remplacés boulevards haussmaniens et rive gauche - rive droite, sous un soleil de début d'été. J'ai vite investi dans les indispensables tongs locales, les 'havanitas'. Je suis hébergé par la belle-mère brésilienne de mon frère, portugais intensif, donc, dès le 'café da manha'. Via un réseau caritatif, elle m'a fait entrer aujourd'hui dans Rocinha, la fameuse favela, histoire à venir.

Je pars demain matin pour mon premier tronçon du voyage : Rio - Mangaratiba, soit 130km en suivant la côte... Tout est prêt, mes sacoches sont packées, pas trop lourd, je voyage avec le strict nécessaire (mais le nécessaire). Je me suis fait vacciner dans un centre de santé public à Rio, j'ai récupéré du décalage horaire... Au final, partir est si facile...

Ou pas du tout facile si je regarde en arrière. Il y a encore un mois, je n'avais qu'une idée très vague de ce que j'allais faire de cette année de pause dans mes études, que j'avais voulu pour des raisons que je n'arrivais plus à m'expliquer. L'angoisse au petit matin... Puis ce projet est apparu comme une évidence : en fait, je le muris depuis les années de lycée. Ca c'est décidé à la mi-septembre, pendant ces dix jours passés à Amsterdam à baby-sitter mon neveu. Mais, je l'avoue maintenant, j'étais terrorisé à l'idée de partir, de faire le mauvais choix, j'ai failli tout annuler au dernier moment et reprendre mes études là où je les ai (temporairement) arrété.

Le déclic, ça a peut-être été cette soirée organisée à la dernière minute, quelques jours avant mon départ. Il y a eu un petit quelque chose de magique, une ambiance particulière... Le souffle de cette aventure, de ce petit quelque chose hors du commun a fédéré des personnes qui pour la plupart ne se connaissaient pas avant cette soirée. La meilleure depuis bien longtemps... Bon, dans les faits, on s'est juste connement marrés sans voir le temps passer, en beuglant des chansons inventées sur le coup ("à vélo, à Rio !") comme les ivrognes que nous sommes, avant de réaliser qu'il était déja six heures du mat'.

Et puis il y a eu le départ, le vrai, celui avec l'avion... Ce fut horrible. Calamiteux. J'ai, à ma mauvaise habitude, tout fait au dernier moment. Tout en insistant pour voir avant mon départ ceux que je n'avais pas encore vu. Résultat : les dernières 48h furent une course effrenée à la Jack Bauer, au bout desquelles je me suis engouffré dans mon avion, déshydraté, famélique (seulement le temps de manger un cornet de frites la veille vers minuit), sale et globalement exténué.

9h avant le décollage de l'avion, j'arrivais gare du Nord de retour d'une nuit à Lille, où je retrouvais mon vélo attaché, pour aller claquer la bise à ma soeur et récupérer ma nouvelle carte bleue visa avenue des Gobelins. -4h avant cet avion, j'étais encore au volant d'une voiture louée pour mon déménagement, les cartons à stocker pendant mon absence dans le débarras de ma grand-mère ayant été faits la veille. 3h avant, je courrais chez un réparateur pour démonter les pédales de mon vélo (il faut un extracteur spécifique) et enfin le ranger dans des cartons récupérés le jour précédent.

J'ai franchement cru que j'allais rater cet avion au moment où, à bout de forces, moins de 2h avant le départ de l'avion, je me trainais ces deux énormes cartons dans les rues de Paris pour aller prendre le RER, sans trouver de taxi. Morganne, tu m'as sauvé à ce moment là. Tu m'as convaincu que rien n'était perdu, comme dans un film j'ai sauté dans le taxi providentiel conduit par un islamiste radical qui inch alah a pris les bons raccourcis pour me poser au terminal 2E une heure avant le départ de l'avion, où tu m'attendais avec mon boarding pass négocié je ne sais comment au guichet d'Alitalia. Merci. Il y eu, certes, quelques menues péripéties supplémentaires à la correspondance à Sao Paulo.

Mais le principal est là : je pars enfin à vélo sur les routes brésiliennes ! Il est 2h du matin, je vais dormir quelques heures. Départ demain vers 6h.

Quelques photos de Rio

Rozinha_couleur.JPG Ipanema Corcovado.JPG vue_du_parc_national.JPG DSC_2784.JPG DSC_2769.JPG

vendredi 24 octobre 2008

Les premiers kilomètres

premiers_1.JPG premiers_2.JPG

(clic sur les images pour voir en grand)

L'île

Ilha_Grande_1.JPG Ilha_Grande_2.JPG

Photos à venir... Je suis à Angra dos Reis, cap à présent sur Piracicaba.

samedi 1 novembre 2008

Ilha Grande, les photos

Abraão Dos Rios Verde

D'Angra dos Reis à Piracicaba

Je suis depuis deux jours à Piracicaba, état de São Paulo, hébergé à la Republica Maracangalha, une coloc' d'une dizaine d'étudiants en agronomie et foresterie à l'ESALQ. Je suis tombé pile poil sur le bon refuge de gens bien : défenseurs l'agriculture familiale, écolos en veux tu en voilà, promoteurs des méthodes d'agroforesterie, et évidemment amis des Sans-Terres. Ce qui n'était pas évident, car comme on me l'a expliqué, l'ESALQ est un des berceaux de l'agro-business brésilien, où les enfants des grands propriétaires terriens viennent faire leurs études. Bon, donc la Republica Maracangalha, c'est pas ça du tout, et on m'a accueilli à bras ouverts dans une grande maison où joue en permanence une guitare, avec un petit potager à l'arrière, où le café coule à flots... Bref, l'endroit parfait pour me reposer, discuter avec des gens, prendre du bon temps et planifier la suite du voyage.

Mais j'imagine que vous attendez le récit de ma pédalade solitaire depuis Angra dos Reis. OK, alors j'y vais dans le détail.

J'avoue, au moment où j'ai laissé Fausto et Martin prendre leur bus, j'ai été un peu surpris de me sentir vraiment seul. Jusqu'à là, j'avais toujours eu la perspective de retrouver des gens connus. Et là, je me suis retrouvé d'un coup seul avec mon vélo et mes sacoches, le soir dans une ville inconnue (et passablement moche). Petit coup de blues, puis hop hop tu l'as voulu tu l'as eu, alors cherche une pousada pas chère et bien miteuse pour dormir avant d'attaquer la route.

Heureusement, à peine sur mon vélo, le lendemain, le moral est reparti à la hausse. J'ai commencé par suivre la route de la côte (ce qui, sans le savoir, m'a rallongé de 10 bons kilomètres, mais c'est pas grave). Puis arrivée à une intersection cruciale. Choix A : continuer tranquilou en suivant la côte touristique; choix B : passer par des reliefs bien hardus tout en rallongeant l'itinéraire d'une cinquantaine de bornes. Forcément, choix B, donc une petite route qui serpente, des paturages (enfin, des reliefs déboisés et ensemencés) et mes premières vaches brésiliennes (croisées avec des vaches indiennes). Bucolique, mais ça c'est vite mis à grimper et là d'un coup c'est moins sympa. Juste, grosse parenthèse concernant les cartes : au Brésil, comptez pas sur des cartes IGN au 50:000 avec courbes altimétriques, les chemins en terre et tout, ça existe pas, c'est beaucoup plus rigolo quand on découvre au fur et à mesure. Par contre, l'autre fois je me suis gourré, les bornes kilométriques et les autoroutes, ça existe bien, j'y viendrais. Donc bref, j'ai pris bien bien cher dans une première montée en lacets d'une quinzaine de kilomètres qui m'a permis d'inaugurer le petit plateau de mon pédalier, surtout au moment où il s'est mis à pleuvoir et à avoir du brouillard à pas voir à 20 mètres même dans les tunnels (non éclairés). Les nuages viennent de la mer et s'arrêtent d'un côté de la montagne : le temps s'est subitement amélioré en passant Lidice. Mais tout compte fait, j'ai bien aimé cette première journée : déjà c'était beau, et l'effort physique ça fait du bien et on profite d'autant plus des descentes.

Pieutage dans un hameau près de Getulândia (en gros, une station essence, deux bars et un poste de police plus quelques bicoques). J'ai essayé d'aller voir les fermes du coin sans succès, avant d'aller au poste de police où on m'a permis de dormir dans le garage (au moins c'est sûr !). Mais dans le bar du coin, une fois la conversation entamée, je suis devenu l'attraction de la soirée, on m'a payé moult bières et on m'a invité à dormir dans une maison, ce que j'ai accepté.

J2 : on continue dans les reliefs et les verts pâturages. Il fait bien chaud, je me fais couper les cheveux à Bananal, ce qui de plus me donne un air local. Au passage de la frontière de l'état de São Paulo, l'accent change : ici, on prononce les "r" à l'anglaise, alors qu'à Rio c'est à la française. Pause dèj bien sympa à Arapeí, un petit village, comme d'habitude au Brésil le plat de viande est accompagné d'une montagne de riz, de feijao et de salade. Les gens sont très acceuillants, et au final c'est un vieux dont le fils est en France qui me paye mon repas... On m'indique aussi un raccourci par un chemin en terre, qui s'avère magnifique mais crevant, j'ai dû pousser mon vélo sur les montées. Arrivée le soir à Arreias, une ville tranquille, l'unique hôtel dans le style colonial est vraiment pas cher : 10E pour une chambre confortable, gros petit dèj inclus ! J'aime bien, je reste un peu le lendemain matin, en discutant avec Mauricio, rencontré la veille.

Donc bon, vers midi (J3) popopop c'est reparti, je préfère passer encore par un peu de relief via Silveiras, et je redescens enfin dans une zone plus plate ou passe l'autoroute Rio - Saõ Paulo, la fameuse "Dutra". Au brésil, on peut parfaitement utiliser la bande d'arrét d'urgence de l'autoroute comme piste cyclable, en tout cas les gens le font et ça pose pas de problèmes aux flics - mais non Papa, c'est pas (trop) dangereux. Alors bon, je me fais plaisir. Faut juste faire gaffe aux entrées et sorties d'autoroute, et bien calculer son coup pour passer entre deux camions aux ponts, où la bande s'arrête. Grosse averse le soir en arrivant à Guaratinguetá, ce qui m'apprend pour la fois suivante à laisser mon k-way à un endroit accessible de mes sacoches. Guara, honnêtement, c'est comme beaucoup de villes brésiliennes : glauque et moche comme un poil de cul, surtout avec un temps de merde. Et puis les gens sont pas sympas.

Mardi J4 : le but du jeu c'est avancer en direction de São Paulo en longeant la Dutra, et en évitant au maximum celle-ci. C'est pas évident, le tissu routier brésilien n'est pas continu sans passer par les autoroutes ou sans faire de détours énorme. Bien stressant, le paysage est pas joli (miam les zones industrielles, les garages et stations services), je suis fatigué et de mauvaise humeur, je vais même jusqu'à échouer dans un Mac Do, pour dire.

J5 : bon, allez, je vais en sortir de cette autouroute de merde, départ vers 5h30 du mat', et enfin vers 6h30 j'arrive à l'intersection avec la route "Dom Pedro I" qui va en direction de Campinas, c'est aussi une autouroute mais beaucoup plus tranquille et bucolique. Ca fait du bien. Entre autres cyclistes brésiliens, je croise un mec qui a aussi fait le chemin de Saint-Jacques à vélo. Pieutage à Atitaba, rien à signaler (enfin si, pour une fois je suis arrivé avant l'averse du soir, mais pendant la journée il faisait un grand soleil, et j'ai oublié de mettre de la crème sur les oreilles. Aîe).

J6 : Là, je sais que je vais arriver à Piracicaba, et quelque chose me dit que ça va être bien. C'est donc une journée de vélo particulièrement joyeuse, du genre à beugler des chansons inventées. Je me sens bien. Arrivée à Piracicaba sur le coup de 5h, je trouve la Republica sur les indications mailesques de Daniel, un ami d'amie qui y a habité et qui a aussi fait le tour du continent à vélo. Soirée pizza dans un four artisanal dans une autre républica, je fais connaissance un peu avec tout le monde, ça joue de la gratte, oh yeah.

Les choses techniques et physiques, ça remplit le quotidien. Pas de chute, pas de crevaison, je me suis rendu compte bien tard que mes pneu étaient sous-gonflés, j'ai du régler le frein à disques avant qui frottait et me faisait perdre beaucoup d'énergie. Le J2, après une bosse prise à pleine vitesse, les vis soutenant le porte-bagages ont laché d'un coup, je les ai remplacé par celles du porte bidon pour pouvoir continuer. Je mange une quantité incroyable de nourriture (dans les 1,5kg par jour). Au niveau flotte, j'emporte deux litres pour être tranquille (bouteille de 1,5L sur le porte guidon plus une petite de 50cl en cas d'urgence dans la sacoche avant). La santé ça va niquel, sauf une douleur dans la cuisse gauche qui disparait quand je suis chaud. J'espère que ça va disparaitre après une semaine de repos. J'ai l'oeil un peu trop rivé sur le compteur : en moyenne, je roule donc à 15km/h environ, ce qui fait du 8km/h en montée, du 20km/h à plat et jusqu'à 50 en descente. Mais bon, j'ai comme d'habitude emmené un peu trop de poids. D'autant plus que mon vélo en lui même est bien lourd. Faut que je lui donne un nom : la Mule, vous en pensez quoi ?

mercredi 5 novembre 2008

Les gens : Fabiana

Le voyage à vélo et en solo facilite énormément les rencontres. On s'arrête là ou on ne serait jamais passé sinon, on voyage à rythme humain, on suscite la curiosité et la sympathie des gens... J'inaugure donc avec Fabiana cette rubrique où je posterai des brefs portraits des personnes qui m'ont marquées le long de mon chemin.

Fabiana

Fabiana m'a hébergé le premier soir, près de Getulândia, dans l'état de Rio de Janeiro. Elle habite dans une petite bicoque construite en dur mais au toit en tôle, située derrière un bar attenant à une station service. Deux petites chambres, une salle de bain avec l'unique porte de la maison et une cuisine. Quelques photos sont affichées sur les murs en béton. Ça pourrait être miséreux, mais au contraire c'est propret et accueillant.

Elle n'a que vingt ans mais en fait d'avantage au premier abord. Elle vit seule avec ses deux enfants de 4 et 2 ans. Je n'ai pas osé demander où était le père, et j'ai cru comprendre qu'il y avait un troisième enfant qui habitait avec lui. Fabiana travaille comme ouvrière, son travail (si j'ai bien compris) consiste à nettoyer des machines de l'industrie agro-alimentaire. En tout cas, c'est lourd et assez dangereux, il y a des accidents du travail...

Le contraste entre la précarité de sa situation et sa joie de vivre est saisissant. Toujours un grand sourire et surtout un certain reste d'innocence enfantine qui se dégage, comme si des conditions de vie aussi difficiles n'avaient pas eu de prise sur elle. Moi qui m'imaginais que la pauvreté provoquait forcément un "effet Thénardier", je suis impressionné de la tendresse dont sont couverts ses enfants. Bref, j'ai un peu rigolé quand elle m'a déclaré que j'étais courageux de faire mon voyage, je lui ai répondu (quitte à faire un peu ridicule) que je pensais que c'était elle qui était courageuse. Elle a ri aussi.

Les gens de Getulandia avaient insisté la veille au soir pour que je reste la journée, c'est dimanche quoi, on va jouer au foot, t'es français, tu dois bien jouer (ahem)... Un camionneur m'a proposé de me poser à São Paulo le lundi. Mais non, je peux pas arrêter mon voyage à vélo, comme ça, après un seul jour... Fabiana m'a offert un café le matin, j'ai pris une photo et je suis reparti, en me sentant étrangement heureux.

vendredi 7 novembre 2008

Surprises et Framakey

Maraca.JPG

Je suis encore posé à Piracicaba (état de São Paulo, Brésil) à la Républica Maracangalha. Oui, je sais, c'est pas très vélocipédique tout ça, mais patience ! Il y a deux raisons à cette petite pause. La première, c'est que Piracicaba est la ville de l'ESALQ, une des principales facs d'agronomie du pays, ce qui me permet d'avoir accès à énormément de contacts et d'informations, tout en étant accueilli dans une ambiance étudiante ma foi bien sympa. La deuxième, c'est que j'espère qu'avec cette semaine de repos la petite douleur à la cuisse gauche dont j'ai brièvement parlé aura disparu. Bon, promis, je repars bientôt (jeudi ?...)

Allez, ça a pas été vraiment une surprise mais allons-y ça fait plaisir, cette semaine il y a eu ça : DSC_3612.JPG

Je parlais donc de surprises. La première, j'ai complètement bloqué, tel un brave programme sous Windows. Je sortais des toilettes de la bibliothèque de l'ESALQ pour retourner à mon poste de travail, et là j'ai vu un truc qui m'a fait penser qu'il y a bel et bien un bug dans la matrice. Diane et Julia, deux amies de l'Agro Paris (je vous ai déjà dit que j'étais en agro ?), tranquillement en train de bosser à une table comme si de rien n'était. J'ai du freezer facile trois secondes, le temps que mon cerveau digère l'incongruité de ce tunnel entre deux univers situés à des années lumières dans mon référentiel interne.

Diane et Julia sont donc en train de bosser sur les aspects environnementaux d'une communauté agricole de sans-terres, elles sont tutorées par un prof de l'ESALQ, dans le cadre d'une année de césure. Bien intéressant comme projet d'ailleurs, je note mentalement que ça mériterait un billet. Bon, du coup on est allé se faire une super bouffe au restau-u du coin, miam (devinez ce qu'on a mangé ? ouais, riz et feijão, vous commencez à piger le truc).

La deuxième surprise, c'est un mail de Martin, mon ami et néanmoins hébergeur, du genre : "eh mec le Framablog consacre un article à ton blog : http://www.framablog.org/index.php/... ! " Pour ceux qui connaissent pas, le Framablog c'est une des sources d'info de référence en ce qui concerne le logiciel libre. Bravo, maintenant mon blog va être blindé de geeks en mode : "eh ton vélo à Rio il a failli faire un sudo chown -braqueurs ha ha ha lol quoi". Juste pour dire, sur les 600 visiteurs de ces derniers jours, plus de la moitié ont Linux sur leur ordi... Bizarre, bizarre. Quand à Firefox, n'en parlons pas.

La raison à ce coup de projecteur sur mon blog est qu'ils ont été tout émoustillés d'apprendre que j'utilise une Framakey durant mon voyage. Je leur renvoie donc la pareille et je fais leur pub : La Framakey, c'est génial, ça pourrait être utile à une tonne de gens (dont toi, ami voyageur). C'est quoi alors ? C'est un ensemble complet de logiciels libres qui peuvent directement se lancer depuis une clé usb, sous windows, sans rien installer (je sais, je vous fait rêver là. Svp, lisez la suite).

En gros, juste en branchant une clé usb sur un ordi, vous pouvez bosser comme à la maison, avec tous vos programmes, raccourcis, docs, etc. Parfait pour les utilisateurs nomades. Le plus utile de ces programmes portables, c'est Firefox, parce qu'il y a encore des ordis qui ont seulement Internet Explorer sans navigation par onglets (si si ça existe), et aussi parce que vous pouvez avoir tous vos raccourcis, mots de passe enregistrés, etc, sans laisser aucune trace sur l'ordi hôte.

Mais il y a une quarantaine d'autres programmes, c'est un couteau suisse informatique prêt pour toutes les situations. Tout y est : OpenOffice.org pour l'éditeur de texte capable de lire et éditer les .doc (oui, certains ordis n'ont même pas Word), Gimp pour la retouche photo de qualité professionnelle, un logiciel de gravure de CD/DVD, etc... Y'à même un jeu de Sudoku ! Le tout en français par un éditeur français, cocorico.

Alors je sais, vous avez lu "logiciel libre", vous avez pensé 'truc de geek par pour moi". Que nenni. C'est super facile à installer : hop on télécharge, zou on lance, on dit sur quelle clé on veut que ça soit installé et voilà. Quand on branche la Framakey, y'à une interface kikou bisounours lol qui vous permet d'accéder rapidement à vos programmes et documents, rangés gentiment par catégorie.

Et puis ça peut être une bonne occase de découvrir le fôrmidââble monde du logiciel libre et installer ces logiciels en lieu et place de leurs équivalents propriétaires sur votre ordi. Surtout que bon, c'est gratuit, légal, ça prend 5min à essayer et si ça vous plait pas tant pis. Je conseille tout spécialement (vous pouvez cliquer sur les liens !):

  • Firefox pour naviguer sur le web - vous voyez que vous en connaissez des logiciels libres. A noter : les extensions qui envoient du fat, tout spécialement AdBlock Plus qui expurge le web de sa publicité.
  • Thunderbird pour le courrier
  • Gimp pour la retouche photo au lieu de pirater Photoshop bande de voleurs ;) (me faites pas croire que vous avez payé la licence)
  • OpenOffice.org pour la bureautique, et voici un livre gratuit d'auto-formation pour être plus efficaces : Changer pour OpenOffice.org . C'est chiant mais important : on passe des heures à utiliser ces logiciels mais on s'en sert comme des pines.
  • Pidgin pour les accros du chat (regroupe les comptes chat msn, facebook, gmail, etc, dans une seule fenêtre)
  • Pour aller plus loin, vous pouvez passer à Linux en installant Ubuntu, une version très grand public du système d'exploitation où tous ces programmes seront installés par défaut.

Bisous à tous, continuez à me lire et revenez surtout dans deux semaines, il commencera à y avoir des trucs vraiment intéressants sur ce blog.

lundi 10 novembre 2008

Le bord d'autoroute

Le retour de la bédé. bord_autoroute_1.jpg

bord_autoroute_2.jpg

(Pour les pas doués du Firefox, y'à deux images. Pour lire, clic sur la première, puis deuxième clic pour aggrandir l'image. Retour en arrière pour voir la deuxième image.)

mardi 25 novembre 2008

Agriculture et bicyclette

Bicyclette_sur_semis_flottant

Vous ne voyez pas le lien entre agriculture et bicyclette ? Pourtant c'est évident. Allez, je vais vous expliquer, et en profiter pour vous parler plus longuement d'agriculture.

Première observation. Prenons un jeune voyageur classique, un backpackeur. Il arrive dans une ville. Il visite la ville. Et là, il change de ville, le plus souvent en bus. Vous remarquez que le jeune homme a raté le gros du pays - les campagnes. Alors que le voyageur à vélo, lui, il a le temps de les observer, ces campagnes, il hume leur air (mmh l'odeur de lisier !), il en a une vision panoramique, il s'arrête là où le bus ne s'arrête pas, il parle avec les gens qui y habitent (au moins pour demander son itinéraire parce que sa carte est merdique).

Ensuite. Le voyageur à vélo prend beaucoup plus conscience de ses besoins naturels, ceux qui font que l'être humain n'est qu'une espèce animale parmi d'autres, et ça le fait réfléchir. Rappelons-les au cas où :

  • boire
  • manger
  • dormir
  • se défendre contre de sournoises attaques de maladies, de brigands et d'animaux en toutes sortes ( ou s'en prévenir si on est futfut' )
  • (blogger)

On n'a pas vraiment besoin d'autre chose. Peut-être d'un peu d'amour en plus de l'eau fraiche. Cette belle théorie devient une réalité quotidienne quand les journées se réduisent à
1)la joie du pédalage et des réflexions sur le guidon
2) le comblement de ces besoins. Et ne pas les combler correctement peut vite devenir un problème majeur. Lors de mon premier voyage à vélo, j'ai pris conscience de ce que signifie vraiment l'eau : un jour, j'ai mal prévu mon stock de flotte. J'ai pris cher. Depuis, je suis un peu parano à ce sujet, et je ne suis vraiment tranquille qu'avec de l'eau à disposition - vous croyez qu'il y a quoi dans la sacoche que j'emporte toujours à Paris ? Et c'est ce comportement là qui est normal, au fond.

Venons donc à la question de l'alimentation, de la faim et de l'agriculture. Il est incroyable de voir comment l'agriculture, l'activité qui est à la base de la société, la seule vraiment indispensable, est considérée comme complètement annexe dans la notre. Voire passablement ringarde. Tout est fait pour oublier cette place primordiale de l'agriculture et de l'alimentation. Il y aura toujours des corn-flakes au supermarché, et ces corn-flakes doivent bien venir d'une usine, non ? Le gros des gens n'ont aucune idée d'où sort leur nourriture, quand ils daignent se poser la question.

Alors voilà mon gros. T'es un être vivant. Tu as besoin de t'alimenter pour survivre. Tous tes aliments sont issus, in fine, d'une plante, un autre ềtre vivant, qui a bien voulu pousser parce qu'elle a eu de l'eau, du soleil et des éléments minéraux à disposition. Ce faisant, elle a transformé de l'énergie solaire en énergie organique via un processus moléculaire complexe appelé photosynthèse. Oui, tout ça dans ton bout de chips. Bon. Favoriser ce processus et en récolter les fruits, ça exige du travail, ça s'appelle l'agriculture. Si tu n'es pas agriculteur toi même, tu as besoin qu'il y a des agriculteurs qui effectuent ce travail pour toi. OK !?

Selon ce raisonnement, les agriculteurs devraient être les rois du pétrole dans une société libre. Ce n'est pas vraiment le cas. Parlons bassement argent, puisque c'est la façon que nous avons pour échanger des biens et services entre nous. Il est relativement normal qu'un agriculteur français équipé d'outils modernes gagne dans les 1000€ par mois, avec 50h de travail par semaine; et encore il y a des filières où c'est pire. Au Brésil, un travailleur rural travaillant dans une exploitation disposant de moyens modernes va plutôt gagner dans les 160€, à pouvoir d'achat égal ça ferait dans les 500€. Toujours au Brésil, le paysan qui ne possède qu'un petit lopin de terre et n'a pas accès à ces mêmes moyens de production ne va rien gagner du tout, dans un monde où l'autarcie alimentaire est une douce utopie. Il aura donc faim, et il s'exilera alors avec sa famille dans les favelas, où il aura un peu moins faim (sauf pendant les périodes de hausses de prix).

Une théorie historique dit en substance : "dis moi quelle est ton agriculture, je te dirai qui tu es". En effet, dans une civilisation donnée, la capacité des agriculteurs à dégager des excédents agricoles pour nourrir la population non rurale (nobles, artisans, geeks, présidents de la république) détermine la proportion de celle-ci. Nous on fait particulièrement fort : un agriculteur français nourrit 60 personnes. Nous avons fait en réalité un choix : celui d'avoir une population essentiellement urbaine et des prix des denrées agricoles bas, représentant peu dans notre pouvoir d'achat occidental (c'est beaucoup plus rigolo de claquer la moitié de sa thune dans des prix immobiliers spéculatifs). Ainsi, pendant les 50 dernières années, la hausse de la productivité du travail agricole s'est accompagnée d'une baisse des prix et de l'exode rural. On arrive donc à une situation où un agriculteur, pour disposer d'un salaire décent, doit produire des quantités incroyables de nourriture, être intégré dans une chaine industrielle d'approvisionnement/vente, le tout sans trop pouvoir se soucier d'environnement, de qualité, de bien-être animal, etc.

Ça c'est dans nos pays "développés", et à la limite, pourquoi pas, enfin ça se discute. Le gros problème c'est qu'il y a plus de 800 millions de personnes dans le monde qui sont sous-alimentés, en d'autres mots qui ont faim quotidiennement. Ce que l'on sait beaucoup moins, c'est que 700 millions d'entre eux sont des agriculteurs de pays du sud. C'est terrifiant, non ? Ceux dont c'est le métier de produire des aliments sont les premiers touchés par la sous-alimentation... L'explication : ils subissent la concurrence directe des agricultures plus performantes, qu'elles soient du nord ou de leur propre pays. Ils n'ont pas accès au crédit qui leur permettrait de se moderniser et augmenter leur productivité, et ils ont parfois aussi des problèmes d'accès aux terres. L'autosuffisance complète est illusoire, ne serait-ce que pour se fournir de l'outillage, et les prix de vente ne leurs permettent pas à la fois de se nourrir et reproduire leur production (1). Conclusion : ils vont tenter leur chance dans les mégalopoles, où ils subiront le chômage. C'est pas trop grave, parce qu'avec un peu de chance on inventera un nouveau bidule inutile, que l'on fera produire et consommer, ce qui créera de la croissance et de l'emploi pour ces messieurs. Il est pas beau mon monde d'aujourd'hui ?

A priori, aucun lecteur de ce blog, ni moi, ne peut vraiment s'imaginer ce que ça doit être d'avoir peur constamment de mourir de faim. En tout cas, le seul fait que nous serons incapables de fournir de l'eau potable et de nourrir convenablement tout le monde montre que le modèle économique et sociétal actuel est erroné. Surtout que la production agricole mondiale est aujourd'hui suffisante pour nourrir tout le monde. Prenons le Brésil : pour des questions de balance commerciale de mes deux, ce pays est obligé d'être un agro-exportateur majeur, tandis que 13 millions de brésiliens sont sous-alimentés...

L'avenir s'annonce encore plus compliqué. Le défi va être d'au moins doubler la production agricole mondiale, si l'on veut nourrir correctement à l'horizon 2050 les 9 milliards d'habitants que nous serons, et trouver un moyen d'organiser les échanges agricoles entre zones excédentaires et déficitaires. Mais attention, la solution ne sera pas d'adapter mondialement le modèle technico-économique de nos pays, pour les questions sociales et économiques dont viens de parler comme pour des questions environnementales.

Le lecteur avisé aura remarqué : le social, l'économique, l'environnement, mais mais mais, c'est les piliers du développement durable ! Je déteste la mode autour de cette expression, récupérée à tort et à travers aujourd'hui, mais il faut avouer que le concept de base est intelligent et s'applique particulièrement bien à l'agriculture. Pour l'aspect de durabilité, d'abord : l'idée d'une ressource qui doit être perpétuellement renouvelée y est une réalité concrète. Comment s'y prendre pour renouveler chaque année la fertilité des sols ? Ensuite, pour l'enchevêtrement des aspects sociaux, économiques, techniques et environnementaux. Imaginer une solution technique qui ne prenne pas en compte tous ces aspects est voué à l'échec... Ainsi, les OGMs sont pour moi une piste dangereuse. Mais on en reparlera, promis. Je parlerai aussi un peu du concept d'intensification écologique, une des pistes privilégiées de développement, même si ça risque d'être technique.

Vincent


(1) C'est trop intelligent et bien dit pour venir de moi, ces deux derniers paragraphes ? Bien vu. Pompé de mes cours de sécurité alimentaire mondiale et du livre "histoire des agricultures du monde" de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart. Une saine lecture.

A lire aussi : "les clefs des champs", de Thierry Doré, un ouvrage de vulgarisation sur les enjeux actuels de l'agriculture, en présentant les différents points de vue sans prendre parti.

Deux très bons documentaires sortis en 2006, traitant tous les deux de la production agricole et agro-industrielle : "we feed the world" et "notre pain quotidien". Le premier démonte le système productif actuel et l'emprise des grands groupes agro-industriels; c'est à voir, bien réalisé (pas chiant quoi), instructif et intelligent comme tout. L'interview du PDG de Nestlé World à la fin est flippante (ce mec déclare sans rigoler que proclamer que tout être humain doit avoir le droit d'accès à l'eau potable est une mauvaise idée). Le deuxième, c'est une suite de plans non commentés qui vous montrent comment vos aliments sont produits. C'est glaçant. On dirait de la science-fiction, et en fait, bah non, c'est le monde actuel.

Si ce n'était pas illégal, vous pourriez télécharger ces films avec les torrents suivants :

samedi 29 novembre 2008

De nouveau sur la route !

Petit billet bref. Je m’étais arrêté longtemps, très longtemps à Piracicaba, pour quelques bonnes et mauvaises raisons. Mais rassurez-vous : me voilà reparti !

Tiens, je vous ai déjà parlé de la canne à sucre brésilienne ? Non, donc j’en reparlerai. Aujourd’hui c’était monoculture, monoculture…. Des kilomètres et des kilomètres de canne, genre ça : Route du sucre

Tiens, en fait, y’a pas encore une seule photo de moi et de mon fidèle destrier sur ce site… Alors voilà à quoi je ressemblais ce matin au départ : DSC_4299.JPG Je suis à Itu, SP.

mardi 2 décembre 2008

Latifundisme : exemple et réflexions comparatives

Lors de mes premiers coups de pédales sur le continent, j’ai voulu voir de mes yeux à quoi ressemblait un latifundio. Vous le savez sûrement, en Amérique Latine, la terre est majoritairement concentrée en énormes domaines aux mains de peu, les latifundios.

J’ai donc usé de la technique agro éprouvée du débarquement au hasard et à l’arrache, en baragouinant un portugnol de contrebande. Comme dit Martin, dans un mail forwardé par erreur : ‘le Vincent c’est un pied dans la connerie, un pied dans l’aventure, mais ça marche !”. C’est pas faux.

Hamilton.JPG Donc j’ai entre autres été accueilli dans une petite fazenda dans l’état de São Paulo par le gérant, Hamilton. Quand je dis petite, c’est 600ha, trois fois rien ici où certaines fazendas comptent plusieurs dizaines de milliers d’hectares[1]. A titre de comparaison, la taille moyenne des exploitations françaises est de 70ha, après 50 ans d’exode rural…

La fazenda ou travaille Hamilton produit du lait et de la viande. Pour cela elle a deux troupeaux: un d’une centaine de vaches à lait type Prim’Holstein (les classiques vaches noir et blanches) et un autre de 350 vaches plus rustiques, croisées avec des zébus indiens (!!). Y travaillent à temps plein vingt travailleurs agricoles, payés 550 Reais [2] par mois. Hamilton lui-même, pour son activité de “chef d’entreprise” qui se lève tous les jours à 5h du matin pour surveiller la traite gagne 1250 Reais par mois, soit trois salaires minimums.

fourrage.JPGTout est effectué à la main, sauf la traite qui est partiellement mécanisée, la main d’oeuvre coûtant moins cher que les machines. Du reste, c’est intelligemment mené : le premier troupeau crée beaucoup de valeur ajoutée mais est intensif en travail, tandis que le deuxième permet de valoriser au maximum les pâturages sans presque nécessiter de soins.

Et le propriétaire ? Il vit à São Paulo, il est ingénieur informatique. Il vient parfois les fins de semaine pour s’assurer que tout va bien et effectuer quelques taches administratives. Cependant, cette fazenda lui rapporte des fins de mois confortables : au bas mot 2000 Reais par mois selon mes calculs[3] (donc d’avantage que le salaire de son gérant…), sans doute beaucoup plus. Une belle rente.

En fait, c’est particulièment choquant pour mon regard européen de voir ainsi quelqu’un profiter ainsi du travail des autres pour une bête question de propriété de la terre. Je suis habitué à voir que les bénefices de la terre vont grosso-modo à ceux qui la travaillent [4] Mes amis trostkistes vous diront que ce phénomène est valable chez nous dans tous les autres secteurs de l’économie, que ça s’appelle le capitalisme, basé sur la propriété privée des moyens de production (ici la terre), et que oui c’est injuste et qu’il faut faire la révolution. Euh…..

Évidemment, ce n’est sans doute pas le pire exemple, il existe au Brésil des latifundios et des exploitations forestières de plusieurs dizaines milliers d’hectares, au capital placé en bourse, et aux méthodes de gestion humaine et environnementales plus que douteuses. Contrairement à ce qu’on a en Europe, l’élite s’appuie encore en partie sur la possession de la terre, selon une répartition héritée de la colonisation. “L’ascenseur social” semble fonctionner beaucoup moins que chez nous, est-ce une des causes ? Or ce système est plutôt bien accepté.

La pensée ambiante est que ce système latifundiaire est stable, que l’appât du gain le rend efficace, que les grandes tailles d’exploitation permettent une gestion centralisée et l’accès au capital, qu’il génère d’énormes excédents d’exportation… A l’inverse, faire une réforme agraire et imaginer un autre système concentrerait tous les défauts : un système où chaque agriculteur possèderait sa terre est une utopie, il serait inefficace pour tout un tas de raison (d’un argument de taille critique pour la gestion et l’accès au capital à celui que les paysans seraient ignares et incapables de s’organiser). Il faudrait aussi déposséder les actuels propriétaires, ce qui serait une profonde injustice… Le modèle de l’agriculture familiale est donc tourné en dérision, considéré comme une douce utopie d’un autre âge, peu adaptée aux réalités de notre XXIème siècle. Pourtant, en Europe, c’est le modèle prédominant : une famille gère chaque exploitation agricole, y travaille et empoche les bénéfices. Celà n’empêche pas nos agriculteurs de s’organiser en coopératives, d’être particulièrement efficaces et de générer d’énormes excédents qui iront pourrir les cours mondiaux.

A l’inverse, qu’est-ce qui justifie l’existence de latifundios et de ce phénomène de rente ? On justifie normalement la rente du capital par le fait que le propriétaire ait accepté d’immobiliser de l’argent pour un investissement tout en prenant un risque. Ça se discute quand on parle d’industrie ou de secteur tertiaire, puisque les biens investis ont une durée de vie limitée. Par contre, le risque sur la propriété de la terre… Il faut vraiment le vouloir pour rendre une terre improductive et irrécupérable. Si l’on veut parler d’avantages techniques et économiques, on peut arguer qu’en agriculture, les économies d’échelles sont faibles, et négatives à partir d’une certaine taille à cause des coûts de déplacements. Cela fait que les petites exploitations sont plus rentables. De plus, le travailleur est d’avantage motivé quand il prend part directement aux bénéfices, et comme il a une connaissance plus fine de l’exploitation celle-ci est mieux gérée… Dans le cas précis de l’agriculture, on peut donc dire que le gâteau est plus gros quand il est bien réparti (pour reprendre une métaphore assez connue). Le Brésil, pour des raisons de justice sociale comme de pragmatisme économique, aurait donc tout intérêt à faire une réforme agraire en profondeur.

Notes

[1] Un hectare : vous dessinez mentalement un carré de 100 mètres sur 100 mètres, le fiston en CE2 vous indique que ça fait 10 000 m². Pour les sportifs, comptez deux terrains de football

[2] taux de change : 1 Real = 0,33€, 550 Reais équivalent donc à 180€

[3] une fois retiré tous les frais, dont les amortissements sur capital, ça va de soit

[4] Petit topo sur la question foncière agricole en France pour mes lecteurs peu au courant des affaires agricoles. Généralement, par chez nous, il y a deux modalités en ce qui concerne la propriété des terres agricoles : le mode de faire-valoir direct (l’agriculteur possède les terres qu’il cultive) et le fermage. Le fermage est un bête contrat de location des terres, mais reconductible à volonté par le locataire (le fermier) et à un prix très raisonné, avec un maximum fixé par arrêté préfectoral. En revanche, l’agriculteur est le plus souvent propriétaire de son exploitation : structure juridique, capital (à l’exception donc des terres en fermage), bâtiments, matériel agricole.Le statut du fermage permet donc de contourner habilement le problème de la propriété des terres, et on peut dire qu’en France, à l’exception de la rente modérée du fermage, l’équation travailleur agricole = propriétaire de l’exploitation = celui qui empoche les bénéfices est vraie.

lundi 8 décembre 2008

Agriculture familiale

Quand un des chevelus de la Maraca m’a dit qu’il allait chercher un panier d’aliments directement dans un assentamento d’agriculture familiale, je me suis dit qu’il fallait absolument que je voie ça. Pas de problèmes m’a-t-il dit, nous y allons demain en voiture à 6h. Petit moment de flottement, et ma conscience de cycliste a choisi : je suis vaillamment parti sur mon vélo à 5h du mat’ pour les retrouver sur place. Et puis un lever de soleil, sur la route ça réconcilie avec la vie (on n’était pas particulièrement fâchés non plus): lever_soleil.JPG

Une association d’agriculteurs bio (on dit “organique” ici), qui fournit des paniers d’aliments directement à des consommateurs engagés… Ouèp, c’est bien une version locale de nos AMAPs à nous. Photos du producteur au consommateur :
producteur.JPG consommateur.JPG

L’association s’est crée il y a 20 ans, en obtenant le droit d’exploiter des terrains publics. Ils ont choisi de travailler de façon collaborative, sans se partager la terre entre eux, en se répartissant les bénéfices. A l’époque, il y avait plusieurs dizaines de familles. Mais c’est un travail dur, peu rémunérant, et la plupart sont partis pour aller travailler dans la ville proche. Ne restent aujourd’hui que six familles.

champs_bio.JPGIls produisent donc, de manière entièrement bio, légumes, bananes, mandioca, fraises… Au niveau technique, ils sont forts, il faut dire qu’ils ont été assistés par des étudiants en agronomie. Là où ça se corse, c’est au niveau des revenus : 2000 Reais[1] par mois pour les 6 familles. Beaucoup moins que le salaire minimum brésilien, qui est déjà bien bas. Evidemment, ils ont la possibilité d’autoconsommer ce qu’ils produisent, ce qui réduit d’autant leurs frais d’alimentation, et ils ne payent pas de loyer.

Qu’est ce qui limite leur développement ? Ce n’est ni la terre (ils ont des terrains aujourd’hui improductifs), ni la volonté. Ce sont tout bêtement des blocages économiques.

D’abord, ils ont du mal à commercialiser leur production : ils ont difficilement accès aux circuits traditionnels tout comme aux circuits bio. Ils doivent donc jeter chaque année une partie de leur production. Par exemple, voyez ces congélateurs remplis de fraises bio à 6 Reais le kilo (2E) en attente d’un hypothétique acheteur : congelo.JPG

Le deuxième, et peut-être le plus gros problème, est l’impossibilité de faire financer leurs projets. En tant qu’association de petits producteurs, ils ne peuvent pas accéder aux lignes de crédits, les banques répondent absentes…. Il y a certes des organes officiels de financement, mais les barrières bureaucratiques sont trop difficiles à passer. Par exemple , voici ici un projet formulé conjointement avec des ingénieurs agronomes qui ne verra probablement jamais le jour : projet.JPG

En outre, ces deux questions sont liées. Ce qui les aiderait le plus, d’après eux, serait de pouvoir s’acheter un camion pour accéder aux grands marchés professionnels. Mais ils ne perdent pas espoir, et plusieurs signes montrent qu’ils pourraient remonter la pente. Tout d’abord, ils ont réussi à implanter un magasin dans un centre-ville proche, ils commencent à se faire connaitre et leur chiffres de ventes ne font qu’augmenter. Ensuite, ils viennent de créer une coopérative avec d’autres producteurs bio de la zone, et espèrent que cela les aidera à accéder à la fois à des lignes de crédit comme à des circuits de vente.

L’exemple de cette association montre les deux principales difficultés des petits producteurs, au Brésil ou autre part : l’accès au crédit et à la commercialisation. La solution est peut-être le micro-crédit, comme l’avance le prix Nobel de la paix Muhammad Yunus. En attendant, l’état brésilien continue préférentiellement d’ouvrir des lignes de crédit pour les grands producteurs exportateurs.

Une photo de João, agriculteur de l’association, et de son arrière petit fils, pour conclure ce billet : Joao.JPG

Notes

[1] soit 650 euros

Vaches à hublot : elles sont partout !

Un petit clin d’oeil aux strelus (ils se reconnaitront) et à l’équipe de Rue89. Nous sommes à l’Université de São Paulo (USP), Brésil : Trois vaches à hublot USP

Qui dit que cette pratique barbare ne devait être réservée qu’aux vaches européennes ? L’USP a donc fait subir le même traitement à des zébus indiens (notez la bosse de l’animal) : Zébu à hublot, USP

Pour en savoir plus sur ces hublots greffés sur des ruminants, vous pouvez lire cet article : des vaches à hublots pour regarder passer les chercheurs

vendredi 12 décembre 2008

Dans un assentamento de Sans-Terres au Brésil

Je ne pouvais pas quitter le Brésil sans rencontrer le Mouvement des Travailleurs Ruraux Sans Terres, le MST. Ce mouvement social, appartenant à Via Campesina, milite depuis presque 25 ans en faveur d’une réforme agraire étendue. En attendant, ils se saisissent eux même des terres : ils organisent des “acampamentos”, où ils squattent des latifundios, et cet acampamento se transforme éventuellement en “assentamento”, c’est à dire une installation durable d’ex-travailleurs ruraux sans terres, quand l’acampamento est légalisé. La constitution brésilienne indique en effet que la terre est sensée accomplir une “fonction sociale”. Un organisme officiel chargé de la réforme agraire, l’INCRA, peut donc invoquer la loi et redistribuer la terre aux Sans-Terres dans certains cas, par exemple si la terre n’est pas utilisée, si l’exploitation viole le code du travail… Ainsi, plus de 500 000 familles ont ainsi bénéficié de la réforme agraire au Brésil, ce qui reste néanmoins très marginal.

Je me suis donc rendu dans un des plus vieux assentamentos, près de Itapeva, où sont installées plus de 500 familles réparties en 6 “agrovillas” depuis plus de vingt ans. Oui, c’est gros… Et le MST est omniprésent. Car le MST n’est pas qu’une sorte de syndicat, il revendique être un “mouvement social complet et de masse”. En plus de gauche, mais alors, vraiment. Même Besancenot n’oserait plus utiliser leur vocabulaire marxiste, les portraits du Che sont partout… Il faut voir leur drapeau : Drapeau MST

Le mouvement est-il “socialiste”, dans le sens ou Cuba est socialiste? Réponse du responsable relations internationales : “communisme, socialiste… tout ça, ce sont des mots, des idéologies, on n’a pas d’opinions fixées la dessus. Tout ce qu’on sait, c’est que le système actuel ne nous convient pas !” Le champs de revendication du MST va donc beaucoup plus loin que la simple réforme agraire, et le mouvement prend politiquement position sur des questions de culture, de santé, de diversité ethnique…

Dans l’assentamento, le MST s’occupe de la coopérative locale (achat, vente), et possède une direction régionale. Ils ont même une radio : “radio paysanne 93.7 FM, le son de la réforme agraire !” Le MST, en bon mouvement révolutionnaire, refuse d’avoir des dirigeants, et fonctionne avec un système piramidal de représentants, à chaque fois un binôme homme/femme.

Alors, ça marche ? Plutôt pas mal dans ce vieil assentamento. Les agriculteurs ont accès à des moyens de production relativement performants, et gagnent donc suffisamment bien leur vie pour ne pas être tentés à nouveau par l’exode rural. Evidemment, il est difficile pour eux d’être compétitifs face à l’agrobusiness sur ses productions de prédilection, comme le soja. Celui-ci est d’ailleurs cultivé, mais d’avantage pour des questions de rotations des cultures. Ils sont d’avantage portés sur l’haricot, le lait… La vie est parfois compliquée pour un assentado, le travail dur et le revenu bas. Mais si l’on demande à n’importe lequel, il répondra “qu’il préfère dix fois cela à la vie [qu’il avait] avant”. En effet, la plupart des gens installés à Itapeva sont des travailleurs qui avaient déjà migré dans les favelas avant d’être récupérés par le le MST. Pour eux, avoir une maison en dur, la sécurité alimentaire, du travail, et même une voiture est un miracle…

Ce n’est pas vraiment l’image de la réforme agraire relayée dans les médias brésiliens. Le MST y est présenté comme un mouvement criminel et inefficace. Clairement, il y a des assentamentos où cela se passe beaucoup moins bien, où les assentados vivent dans la misère et où l’expérience vire court au bout de peu de temps. L’INCRA (l’organisme officiel chargé de la réforme agraire) installe parfois des personnes sur des terres difficiles, loin des routes, sans assistance technique… Cela se passe donc forcément mal, et par exemple, en Amazonie, les assentados ont un rôle non négligeable dans la déforestation. Mais le MST critique cela et ne soutient pas ces assentamentos. De la même façon, il a souvent été raconté que beaucoup d’assentados reçoivent un lot de terre de la réforme agraire, puis le revendent pour repartir en ville, en se faisant de l’argent sur le dos des latifundistes dépossédés… Réponse du MST : “c’est purement ignorer la loi : les terres de la réforme agraire appartiennent au gouvernement, les assentados ne reçoivent qu’une concession !”

Une école spécialisée en agro-écologie (entendre : agriculture biologique) a été crée par le MST dans l’assentamento d’Itapeva. En deux ans, les élèves y cumulent l’enseignement du lycée plus un enseignement technique. Luiz, le coordinateur de l’école (il n’y a pas de directeur !) m’explique : “depuis quelques années, le MST réflechit sur ses méthodes de production. Les “assentados” utilisent des méthodes de l’agriculture conventionnelle, ce qui est en contradiction avec l’idéologie du mouvement, sur des aspects d’écologie et de souveraineté alimentaire. Nous voulons donc mettre en place une stratégie de transition vers une autre agriculture, au sein de laquelle cette école prend place”.

A ce moment là, je commence franchement à être méfiant. Ils sont pleins de bons principes, les Sans-Terres. Ceux que j’ai rencontré sont des gens biens, ouverts, acceuillants. Les élèves de l’école sont particulièrement intelligents et cultivés, surtout si l’on considère leur origine sociale. Mais tout de même… Est-ce bien qu’un mouvement orienté politiquement contrôle autant d’aspects de la vie des “assentados” ? N’y a t-il pas un risque d’idéologisation, amenant à une perte de sens critique ? Les élèves ne sont-ils pas endoctrinés dans cette école ? L’impression que je garderai du mouvement sera donc contradictoire : ils jouent pour moi un rôle extrêmement positif dans le paysage social brésilien et je concorde avec leurs lignes politiques; en revanche je ne leur laisserai pas le pouvoir les yeux fermés…


Mais où sont les photos ? La clé USB où j’avais gardé toutes mes photos, celles du MST incluses, a grillé. Non, je ne suis pas dégoûté.

jeudi 18 décembre 2008

Je triche !

Je triche ! Oui, vous l’avez vu, je suis déjà à Buenos Aires. J’ai pris des bus entre Sao Paulo et Rio Grande (une ville au sud de Porto Alegre). Alors, que de la gueule le vélo ? C’est vrai, pour la beauté du défi, c’est pas joli. Mais j’ai passé beaucoup plus de temps que prévu au Brésil, je préférais être tranquille sur le timing, ne pas être pressé, me faire plaisir… En fait je savais avant de partir qu’il faudrait que je saute ainsi des tronçons.

Bon, alors, ça se passe comment ? Je dors où ? Le moral ? Autant vous raconter le voyage entre Rio Grande et ici.

Une plage de plus de deux cents kilomètres s’étend entre Rio Grande et la frontière avec l’Uruguay. Rien de rien tout du long, pas un bled, mais le sable est dur et on peut rouler dessus, certaines cartes indiquent d’ailleurs cette plage comme une possible piste. Sinon c’est une réserve écologique. Donc j’ai embarqué cinq litres d’eau, de la nourriture pour deux jours, la dose de crème solaire, et je suis parti le long de cette plage.

A la fin de la première journée, donc au bout d’une centaine de kilomètres, je rencontre des gauchos à cheval sur la plage, qui m’informent qu’il y a en réalité une zone de trente kilomètres où le sable est mou. Faut savoir que pousser un vélo chargé ne serait-ce que sur cent mètres est extrêmement pénible. Ils me conseillent très fortement de trouver un moyen de revenir sur la route principale. J’approuve. Je vais dormir dans un poste de la réserve naturelle quelques kilomètres plus loin, le garde ayant été prévenu par radio la veille, en déclinant l’invitation de ces gauchos d’aller chez eux. Vous voyez, je commence parfois à être raisonnable face à l’aventure totale.

Petit intermède : j’envisage d’écrire un mémoire sur la “prise de décision en milieu informationnel incomplet et incertain” à partir de mon expérience au Brésil. Faut savoir que tout du long ça a été comme ça. Je comprend pas le problème des brésiliens pour donner une information adéquate. Mais pourquoi personne a pensé à me prévenir pour cette zone de 30 bornes ? Le mec, à la radio, j’arrive en vélo, il sait que je vais vers Chuy à la frontière Uruguayenne, il pense même pas à ça. Une journée pour rien, quoi ! Faut toujours triple vérifier les informations qui sont données dans ce pays (sachant qu’un bon tiers est complètement faux, et un autre tiers inexistant). Les cartes détaillées du territoire avec courbes altimétriques, ça n’existe tout simplement pas. Autre exemple : à Itapeva, pour prendre l’autobus. Je vous raconte pas la galère pour avoir les horaires. Puis, apprenant que le bus part de la ville située à vingt bornes dans moins de deux heures, je m’empresse de monter sur mon vélo. Au dernier moment, je pense à demander aux gens : “et en fait, le bus, il passerait pas sur la route, là, devant, et on peut pas l’arrêter en faisant un signe au conducteur, et du coup faudrait pas que je me magne ?” “Ah, oui, si, c’est vrai, maintenant que tu le demandes.” Zen attitude.

Revenons à ma réserve écologique. Le problème est que de la plage à la route parallèle, s’étendent trente kilomètres d’écosystèmes fort intéressants mais globalement bâtis sur du sable (donc infranchissables à vélo) et que revenir en arrière par le même chemin, bof bof. Au final, j’ai profité d’un approvisionnement en gaz et en eau en pick-up 4x4 pour repartir sur la route. J’ai avant ça réussi à me faire piéger comme un bleu par des sables mouvants, j’ai eu de la chance à réussir à en sortir et à garder tout mon vélo et équipage.

Me voilà donc sur la route principale entre le Brésil et l’Uruguay, une voie de chaque côté et un camion toutes les dix minutes, tout droit tout plat, à gauche de vastes pâturages jusqu’à l’horizon, à droite pareil. Ca aurait été presque sympa sans le vent de face. De temps en temps une fazenda ou un espèce de hameau sur le bord de la route. Une journée passe sans traverser la moindre ville, je dors dans un hameau, chez les proprios d’un restau pour routards qui me laissent dormir dans leur cour.

Le lendemain est le grand jour de mon premier passage de frontière à vélo entre le Brésil et l’Uruguay. Attention, pour quitter le territoire brésilien, il faut que je me présente dans un commissariat fédéral dans la dernière ville vingt kilomètres avant la frontière, et non à Chuy, la ville effectivement dessus. Ville assez rigolote, Chuy, la frontière passe par l’avenue principale, à gauche les écriteaux sont en portugais, en face en espagnol… Sur les conseils d’une guide touristique, je vais dormir dans une petite ville sur la côte. Je me retrouve dans une auberge de jeunesse blindée de yankees en mal d’exotisme mais restant paradoxalement entre eux, pas vraiment ce que j’adore. Est-ce une insolation ou la fatigue ? Le lendemain, je tombe malade et je dois rester toute la journée à me reposer.

Ensuite deux jours à traverser l’Uruguay à vitesse grand V. Les kilomètres de plats pâturages continuent à s’enchainer. Je me fais héberger par une femme d’une cinquantaine d’année, je dors dehors sur un sofa sous sa véranda. Puis j’arrive à Montevideo. C’est une petite ville tranquille pour une capitale : 1,4 millions d’habitants. Les gens sont dans la rue, maté dans une main, thermos dans l’autre. Pour cette tranquillité, j’ai beaucoup aimé l’Uruguay : il y a une paix sociale, en comparaison avec le climat d’insécurité permanent au Brésil ça fait du bien. Le pays est aussi beaucoup plus marqué par l’influence européenne, tandis que le Brésil louche du côté des Etats-Unis…

Deux jours à me ballader dans la ville (sans appareil photo pour une fois), puis je prends le ferry pour Buenos-Aires, où je retrouve Virginie, une camarade agro, au départ pour Paris après six mois de stage en argentine. Il faut avouer que je m’étais fixé comme objectif de la voir : sinon j’aurais été trop à la bourre sur mon itinéraire.

J’ai passé de très bons moments à Buenos Aires. Seule très, très, très grosse déconvenue : ma clé USB est grillée. J’ai tout perdu, sauf ce que j’avais déjà posté. J’ai donc racheté une nouvelle clé USB, j’y ai mis mes photos de tout le trajet que je viens de raconter, pour libérer de la place sur ma carte mémoire de l’appareil photo. Aussi grillée. Je crois que c’est l’ordi de mon hôtel qui fait ça. Un petit peu la rage (mais ça va bien).

dimanche 21 décembre 2008

Cycling partner !

Un billet bref pour vous donner une bonne nouvelle : j’ai désormais un partenaire ! On m’avait dit sur la route qu’un brésilien de Sao Paulo me précédait de peu. En trouvant sa page web, je vois qu’il est à Buenos Aires, ni une ni deux je lui envoie un mail.

Rendez-vous est donc pris avec Tiago, 29 ans, au moins pour parler. On avait tous les deux envie de pédaler un peu avec quelqu’un, et nous avons décidé d’essayer, du moins, en direction de la Patagonie. Mais c’est extrêmement risqué pour les deux poor lonesome bikers que nous sommes. Ne serait-ce que pour des raisons de rythme : chacun a sa façon bien particulière de faire du vélo, son physique, sa vitesse, son nombre d’heures par jour, l’espacement des arrêts… Mais ça a l’air de vraiment bien coller :

  • même rythme, vitesse moyenne
  • même tendance à pas se presser le matin et par contre à pédaler tard le soir
  • même type de physique (un chouia maigrichon)
  • il est aussi prêt à s’arrêter si quelque chose attire son attention, il n’est pas pressé (sinon il ne voyagerait pas à vélo !)
  • il est aussi photographe à ses heures perdues, il a aussi une page flickr
  • on voyage très léger tous les deux
  • on a le même budget
  • on a les mêmes sacoches Ortlieb, les meilleures ! (qui coûtent la peau du cul accessoirement)
  • et surtout, il est super sympa !

Tiago et moi quittons demain matin Buenos Aires pour suivre la côte argentine en direction de la Patagonie.

samedi 27 décembre 2008

Joyeux Noël tout ça

Arrivée à Mar del Plata, le balnéaire où il faut être pour les vacances d’été (maintenant quoi) si on vient de Buenos Aires et qu’on veut être in. Les derniers jours ont été assez fous… Les photos et les bédés arrivent.

lundi 29 décembre 2008

Buenos Aires - Mar del Plata, les photos

Aussi sur mon compte flickr : www.flickr.com/photos/vincedeg Et sur le site de Thiago, cliquez sur l’Este de Argentina

- page 1 de 3